Interview « Les prix à la consommation dans le contexte de la crise du COVID-19 »

Pendant le premier confinement, les ménages belges ont été contraints de fortement adapter leurs dépenses. Dans un article qui paraîtra dans l'édition de décembre de la Revue économique, Hélène Zimmer et Jana Jonckheere, deux économistes de la BNB, ont calculé les effets de cette modification sur la mesure de l'inflation. Nous avons demandé quelques explications supplémentaires aux deux auteurs.

Jana Jonckheere & Hélène Zimmer —

Le pays est entré en « lockdown » en mars. Quels ont été les effets sur la structure des dépenses des ménages ?

Avec le confinement et la fermeture des commerces dits non essentiels, les diminutions de revenus des salariés en chômage temporaire et des indépendants et les incertitudes quant aux conditions de la sortie de la crise, les habitudes de consommation ont par la force des choses radicalement changé. Relativement aux dépenses totales, la consommation de nourriture a augmenté tandis que les poids des autres catégories – comme les vêtements, les restaurants, les achats de véhicules, etc. sont tombés à un point bas en avril 2020, après quoi ils sont repartis à la hausse.

Et sur l’inflation ?

Nous avons voulu quantifier l’impact de ce changement du panier de consommation en cours d’année : il en ressort que l’inflation aurait été plus élevée, soit de 0,4 point en avril et en mai. Sur l’ensemble de la période considérée (février-juillet), l’incidence aurait été plus faible en moyenne. L’impression a pu être plus forte parce que cela s’est greffé sur une période de hausse globale des prix alimentaires.

Pourquoi les prix des aliments ont-ils augmenté de la sorte durant le premier confinement ?

Cette accélération peut être attribuée à la fois à des facteurs liés au COVID-19 qu’à des éléments indépendants de la crise sanitaire. Ainsi, certaines perturbations de la chaîne d’approvisionnement ont fait augmenter les prix. Par ailleurs, dans le but de dissuader un comportement d’accumulation, les promotions dans les supermarchés ont été temporairement interdites. C’est surtout le renchérissement des produits frais qui frappe et les facteurs non-COVID ont joué un rôle important : demande de viande qui se réoriente vers l’Europe en raison de la peste porcine africaine, facteurs météorologiques, etc.  Le renchérissement des produits alimentaires n’a d’ailleurs pas été propre à la Belgique ; il s’est aussi vu chez nos voisins. 

Observe-t-on des différences entre les dépenses des ménages à haut revenus et à faibles revenus ?

La question est intéressante car pendant le confinement, la consommation a été restreinte à certaines catégories de produits et ainsi, les profils de consommation entre hauts et bas revenus se sont davantage rapprochés. Toutefois, sachant que les personnes à hauts revenus dépensent relativement plus en produits alimentaires, tandis que celles à faibles revenus dépensent relativement plus en produits énergétiques dont les prix ont sensiblement baissé, ce sont les ménages les plus pauvres qui ont fait face à un taux d’inflation plus bas. Ce qui ne préjuge pas des difficultés financières, car ce sont aussi ces ménages qui ont potentiellement le plus souffert de baisses de revenus pendant la crise.

Il ressort de votre étude que les consommateurs ont attendu une forte hausse des prix. S’agit-il d’une surréaction ?

En effet, l’enquête que la Banque mène chaque mois auprès des consommateurs, a montré qu’en avril, les attentes d’inflation ont fortement augmenté alors que l’inflation baissait depuis plusieurs mois. Les prix de biens récemment achetés tendent de fait à être surpondérés dans les anticipations d’inflation. Les biens moins consommés (comme certains services) pendant la crise ont aussi été ceux pour lesquels les prix ont augmenté le moins rapidement ou ont même diminué (carburants), tandis que les biens davantage consommés ont été ceux pour lesquels les prix ont le plus progressé (produits alimentaires). Depuis, cependant, ces attentes ont été orientées à la baisse. Il reste à vérifier si l’incertitude des ménages qui entoure les tensions inflationnistes s’est durablement renforcée.

Le deuxième confinement aura-t-il des conséquences semblables pour l’inflation ?

Pas nécessairement. Bien que le panier de consommation soit de nouveau contraint, les possibilités d’achat ont été un peu étendues, les restrictions ne sont plus les mêmes. Par ailleurs, on ne peut négliger le fait que l’inflation en Belgique dépend aussi de ce qui se passe dans les autres pays du fait des importations d’énergie et de biens et services. Or, certains événements ayant tiré les prix à la hausse peuvent disparaître ou au contraire se renforcer.