Pourquoi les obligations sont-elles divisées en catégories comme les questions du Trivial Pursuit?

Pourquoi les obligations sont-elles divisées en catégories comme les questions du Trivial Pursuit?

09 novembre 2023
Investissements
À l’instar des questions du jeu de société Trivial Pursuit, les obligations sont de plus en plus souvent subdivisées en thèmes. La Banque nationale mise beaucoup sur ces obligations thématiques dans ses investissements, en ce qu’elles contribuent à la lutte contre le changement climatique et à la transition vers une économie durable.

Quelle est votre catégorie préférée au Trivial Pursuit ? Il en existe six, toutes associées à une couleur. Si vous optez pour le vert, par exemple, vous devrez répondre à une question de la rubrique « sciences et nature ». On vous interrogera peut-être sur le réchauffement de la planète, car cet épineux sujet revient souvent.

En ce qui concerne les obligations, il est aussi de plus en plus souvent possible de choisir une catégorie spécifique, ce qui inclut, bien évidemment, des investissements visant à lutter contre le réchauffement planétaire. Si ces obligations dites thématiques constituent un segment relativement nouveau du marché de l’investissement durable, elles sont toutefois en pleine expansion.

Qu’est-ce qu’une obligation thématique ?

Les obligations thématiques, comme leurs équivalents traditionnels, sont des titres de créance :

  • émis par une entreprise ou un gouvernement ;
  • remboursés à une date ultérieure ;
  • soumis au paiement d’un intérêt périodique appelé « coupon ».

La principale différence avec les obligations classiques est que l’émetteur d’une obligation thématique s’engage à utiliser les fonds récoltés pour un projet à visée durable.

Obligations vertes

L’obligation verte, ou « green bond », est de loin la forme la plus courante d’obligations thématiques. En achetant de tels actifs, vous soutenez des projets qui ont une incidence positive sur l’environnement et sur le changement climatique.

À titre d’exemple, le constructeur automobile suédois Volvo a émis une obligation verte en 2022 en vue de développer la prochaine génération de voitures électriques. Non seulement cette émission a permis à la marque de lever 500 millions d’euros, mais elle a suscité un intérêt plus grand encore auprès des investisseurs.

Outre les obligations vertes, vous pouvez également opter pour d’autres obligations thématiques moins connues et ainsi compléter votre roue de Trivial Pursuit avec d’autres catégories.

Une palette de couleurs ?

Ces dernières années, le développement durable est devenu un concept sociétal qui recouvre bien plus que le seul changement climatique. Des thèmes comme la fourniture d’infrastructures de base ou de logements abordables et l’accès aux services essentiels tels que l’éducation et les soins de santé gagnent en importance.

Pour financer les investissements destinés à relever ces défis, les entreprises et les gouvernements peuvent également émettre des obligations thématiques sous la forme de « social bonds », autrement dit des obligations à vocation sociétale. Ces titres peuvent, par exemple, servir à financer des projets liés à l’accès aux services essentiels (soins de santé, éducation, logement) et à l’approvisionnement en nourriture. Fin mai, KBC a ainsi levé 750 millions d’euros pour soutenir des projets dans le secteur hospitalier.

Cela dit, il se peut que certaines obligations thématiques soient impossibles à classifier d’emblée comme étant soit vertes, soit sociétales. En d’autres termes, les fonds récoltés peuvent être affectés à des objectifs tant écologiques que sociétaux, ou à une combinaison des deux. Nous classons ces obligations thématiques sous l’appellation générale d’« obligations durables » ou « sustainability bonds ».

Vous l’aurez compris, les obligations thématiques ne sont pas dotées d’un code de couleurs élaboré semblable à celui des questions du Trivial Pursuit. La nature des obligations fait débat, de la même façon que vos adversaires de jeu auront certainement déjà remis en doute la catégorie de leur question au Trivial en s’exclamant : « Avouez que ce n’est pas une vraie question de sport ! » Du vécu ? Eh bien, les investisseurs disent la même chose au sujet des obligations.

L’œil du cyclone

Malgré la forte croissance des obligations thématiques, leurs émetteurs se sont souvent retrouvés dans l’œil du cyclone. Plus particulièrement, les normes relatives à la définition d’un titre de créance en tant qu’obligation verte étaient assez laxistes dans le passé, ouvrant la voie à ce qu’on nomme l’écoblanchiment.

Cette pratique consiste, pour un émetteur d’obligations thématiques, à tromper les investisseurs sur la nature prétendument respectueuse de l’environnement des activités qu’il entend financer. En d’autres termes, les projets dans lesquels les investisseurs se sont engagés s’avèrent, après un examen plus approfondi, beaucoup moins durables qu’annoncé au départ.

Une solution à l’écoblanchiment

Pour lutter contre l’écoblanchiment, un certain nombre d’organisations ont défini des exigences minimales en matière d’obligations vertes. Les Principes applicables aux obligations vertes (Green Bond Principles) précisent par exemple les critères d’utilisation des fonds, d’évaluation des projets et de reporting. Ces principes fournissent par ailleurs une liste d’exemples spécifiques d’activités durables. Si une émission d’obligations satisfait à ces exigences et si les fonds levés sont alloués conformément à ces principes, ces titres peuvent être proposés sur le marché en tant qu’obligations vertes, avec à la clé une reconnaissance internationale, ce qui exerce en outre une incidence positive sur la crédibilité de ces instruments.

Sans surprise, l’essentiel des principes applicables aux obligations vertes concerne des projets liés à l’incidence du changement climatique même si, au fil des ans, d’autres thèmes, comme la biodiversité et l’eau, se sont eux aussi taillé une place de choix à cet égard.

Non seulement l’émergence de ces nouveaux domaines attire d’autres investisseurs, mais elle permet également aux détenteurs de ces instruments de mieux diversifier leur portefeuille. Dans la mesure où la liste des émetteurs et des activités durables potentiels s’allonge, les investisseurs peuvent mieux adapter les placements durables à leur appétence pour le risque.

Le menu de l’UE

 

L’Union européenne a mis au point un catalogue détaillé des activités que les émetteurs de ces titres doivent exercer pour se conformer aux règles de l’UE. Concrètement, cela signifie que le projet de l’émetteur doit s’inscrire dans l’un des six thèmes durables suivants :

  1. Atténuation du changement climatique, c’est-à-dire les mesures permettant de limiter le réchauffement de la planète ;
  2. Changement climatique ;
  3. Protection de l’eau et des sources maritimes ;
  4. Conversion à l’économie circulaire ;
  5. Prévention et contrôle de la pollution ;
  6. Protection de la biodiversité et des écosystèmes.

Enfin, les activités doivent remplir le critère complémentaire de ne pas causer de dommages significatifs (« do no significant harm »). La taxonomie de l’UE a pour but soutenir le marché des obligations vertes afin de contribuer à atteindre les objectifs climatiques de l’UE à l’horizon 2050. Il va donc de soi que la Banque nationale entend y contribuer par l’intermédiaire de sa politique d’investissement.

La Banque nationale en tant qu’investisseur en obligations thématiques

L’univers des obligations thématiques est encore en pleine évolution. Même si la croissance du marché a explosé depuis que la Banque européenne d’investissement (BEI) a lancé la première obligation verte en 2007, l’offre d’actifs thématiques ne représente toujours qu’une maigre fraction du marché obligataire total.

Ces dernières années, l’élargissement de l’offre de ces instruments (et, plus tard, d’obligations thématiques) a permis à la Banque nationale d’investir une part toujours plus grande de ses réserves dans ces actifs. Une étape importante a été franchie en 2021, avec le lancement d’un portefeuille en dollars US constitué exclusivement d’obligations thématiques. Fin 2022, environ 10 % de l’ensemble du portefeuille obligataire de la BNB était constitué d’actifs thématiques, soit quelque 2 milliards d’euros.

Malgré les efforts que la Banque a déjà déployés en vue d’intégrer les questions climatiques dans sa politique d’investissement, il est clair qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. C’est la raison pour laquelle, à l’instar d’un grand nombre d’entreprises et d’autorités, tel le gouvernement belge, elle s’est engagée à atteindre l’objectif à long terme de zéro émission nette de gaz à effet de serre au plus tard en 2050. Pour en savoir plus, consultez la Charte relative à l’investissement durable et responsable qui a été publiée récemment.

Même si l’accomplissement de cet objectif dépend de la mesure dans laquelle les entreprises et les autorités seront en mesure de réaliser les engagements de l’Accord de Paris sur le climat, les obligations vertes joueront à l’évidence un rôle majeur à cet égard. En outre, la Banque nationale vise également à augmenter encore le pourcentage que représentent les titres thématiques dans l’ensemble de son portefeuille obligataire. Ce faisant, pour reprendre l’image du Trivial Pursuit, la Banque nationale complètera les rayons de sa roue, tandis qu’elle deviendra plus verte, plus durable et plus engagée sur le plan sociétal.

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