Projections économiques pour la Belgique – Automne 2019

Article publié dans la Revue économique de Décembre 2019

L’économie belge se ralentira graduellement lors des prochaines années alors que le déficit budgétaire augmentera notablement.

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Digest

Cet article présente les dernières projections macroéconomiques de la Banque pour la période 2019-2022.

Les estimations tablent sur une reprise progressive du commerce mondial

Au cours de l’année écoulée, la croissance du commerce mondial a été fortement affectée par la nouvelle intensification des tensions commerciales et par le léger affaiblissement de la confiance dans la mondialisation. Certains trimestres ont même été marqués par un recul des volumes échangés. L’économie mondiale s’est ainsi vue contrainte de passer à la vitesse inférieure. L’industrie manufacturière, de par son orientation internationale et ses chaînes de valeur largement mondialisées, s’est notamment révélée vulnérable aux vents contraires protectionnistes. Outre les conséquences directes pour les pays et les produits en question, les barrières commerciales exercent d’importants effets indirects, qui découlent de l’incertitude (politique) accrue. La hausse de l’aversion pour le risque, du côté tant des entreprises que des consommateurs, peut dès lors constituer un frein supplémentaire à la croissance.

La croissance économique dans la zone euro se stabilise en 2020 et repart ensuite à la hausse

En raison notamment du net ralentissement de la croissance en Allemagne, la croissance dans la zone euro s’est elle aussi tassée en 2019. Aux deuxième et troisième trimestres de cette année, celle-ci a seulement atteint 0,2 %. Les derniers indicateurs à court terme sont mitigés. D’une part, certains indicateurs signalent une timide amélioration de la confiance dans l’industrie et la croissance du troisième trimestre a dépassé les attentes dans certains pays. D’autre part, des indications montrent que le ralentissement industriel a maintenant aussi altéré la croissance dans les branches d'activité des services. La plupart des organisations internationales, dont l’Eurosystème, s’attendent toujours à un retournement dans les trimestres qui viennent, de sorte que l’expansion du commerce mondial retrouverait de la vigueur à partir de 2020, fût-ce à un rythme encore inférieur à celui de la croissance mondiale.

Pour les prochains trimestres, les projections de l’Eurosystème font état d’une croissance basse qui persiste mais qui sera néanmoins positive, si bien que la croissance annuelle s’établira juste au-dessus de 1,0 % en 2019 et 2020. Sous l’effet du redémarrage des échanges commerciaux, de la faiblesse prolongée des taux d’intérêt et du repli graduel des prix du pétrole dans les hypothèses communes, la croissance se renforcerait toutefois dans la seconde moitié de la période de projection, pour atteindre 1,4 %. En 2019, l'inflation totale serait considérablement bridée par l’évolution baissière des cours pétroliers. Cependant, la pression sous-jacente des coûts d’origine intérieure s’accentuerait, faisant grimper l’inflation sous-jacente à 1,6 % d’ici à 2022. Celle-ci se maintiendrait ainsi sous les 2 % dans les prochaines années.

La croissance de l’économie belge diminuera progressivement, revenant de 1,3 % en 2019 à 1 % en 2022

Contrairement à ce qui s’est passé en moyenne dans la zone euro, l’économie belge a étonnamment bien résisté cette année. La croissance vigoureuse de 0,4 % enregistrée au troisième trimestre de 2019 s’est établie juste au-dessus des prévisions de printemps. Bien que les derniers indicateurs de confiance montrent une amélioration, le niveau général demeure faible et il est encore prématuré d’évoquer un réel retournement. D’après les estimations les plus récentes, la croissance retombera ainsi à environ 0,2 % au quatrième trimestre de 2019, ce qui portera la croissance annuelle à 1,3 %. En 2020, la croissance annuelle atteindra à 1,2 %. Elle continuera ensuite de se détériorer progressivement, pour revenir à 1 %, en raison du fléchissement de la demande intérieure.

Cette évolution du PIB masquera une nouvelle fois celles, divergentes, des composantes sous-jacentes de la demande. La consommation privée se raffermira en 2019, notamment grâce à la hausse du pouvoir d'achat, mais elle demeurera plus stable que l’expansion des revenus sur la période de projection. En revanche, la croissance économique sera de moins en moins soutenue par les investissements des entreprises, qui se tasseront conformément au cycle habituel, tandis que la contribution des exportations nettes à la croissance restera négative. Les marchés à l’exportation pertinents pour la Belgique, tels que définis dans le cadre des hypothèses communes de l’Eurosystème, se redresseront quant à eux dans les prochaines années, ce qui est propice à l’accroissement des exportations belges, mais une nouvelle baisse des parts de marché à l’exportation en réduira toutefois les effets. Les importations continueront de progresser à un rythme légèrement plus soutenu que les exportations sur l’ensemble de la période de projection.

Le pouvoir d’achat des ménages augmente de 5 % par personne d’ici à 2022

Le revenu disponible des ménages, corrigé de l’inflation, affichera une hausse cumulée de 6,8 % entre 2019 et 2022. Compte tenu de la croissance démographique attendue sur cette période, le pouvoir d’achat réel grimpera de 5 % par personne d’ici à 2022. Une large partie de cette augmentation a été réalisée en 2019, sous l’effet du mécanisme d’indexation, qui, bien que l’inflation se soit affaiblie entre-temps, est encore entraîné par la forte accélération des prix en 2018, ce qui gonfle temporairement le pouvoir d'achat réel. La dynamique sur le marché du travail, caractérisée par une croissance toujours relativement énergique de l’emploi et par une nette élévation des salaires réels, est le principal facteur sous-jacent qui induit cette expansion des revenus. En outre, le pouvoir d'achat des ménages a également progressé à la suite des nouvelles baisses d’impôts mises en œuvre en 2019 dans le cadre du tax shift. Les hypothèses communes n’envisageant qu’un léger relèvement des taux d’intérêt, les revenus du patrimoine ne contribueront pas outre mesure à la croissance des revenus.

Les gains de productivité soutiennent de plus en plus la croissance du PIB

Entre 2014 et 2018, environ 260 000 emplois ont été créés. D’ici à 2022, le nombre de travailleurs augmentera encore de quelque 170 000 unités. Au cours de la période de projection, la dynamique sur le marché du travail s’essoufflera peu à peu en raison du fléchissement de la croissance du PIB et de l’alourdissement de la pression des coûts salariaux, mais aussi du fait de la pénurie persistante sur certains segments du marché du travail. L'activité sera ainsi graduellement davantage soutenue par des accroissements de la productivité.

Le taux de chômage harmonisé retombera à un niveau historiquement bas de 5,5 % en 2019 et se stabilisera aux alentours de 5,4 % dans les années à venir.

 

Graphique – Chiffres-clés des prévisions d’automne de la Banque pour l’économie belge

(pourcentages de variation sur une base annuelle, sauf mention contraire)

Sources : BFP, ICN, BNB. —

La croissance des coûts salariaux se traduit par une pression sous-jacente haussière sur les prix, mais l’inflation sous-jacente se maintiendra juste en deçà des 2 % à la fin de la période de projection

Après avoir affiché une croissance limitée en 2017-2018, les salaires bruts dans le secteur privé progresseront encore à partir de cette année. Cette hausse sera attribuable tant à l’effet d'indexation marqué mentionné ci-avant qu’au renforcement relativement rapide de la croissance des salaires conventionnels. À cet égard, une grande partie de la marge de 1,1 % fixée pour la période 2019-2020 a déjà été octroyée cette année. Pendant le reste de la période de projection, les coûts salariaux horaires augmenteront en moyenne de 2%. Dans ce contexte, la reprise parallèle de la croissance de la productivité atténuera quelque peu l’augmentation des coûts salariaux par unité produite.

Cette élévation des coûts salariaux intensifiera la pression des coûts d’origine intérieure, qui stimulera essentiellement l’inflation des services. L’incidence de la hausse des coûts salariaux sera toutefois tempérée, comme ce fut également le cas dans le passé, par une modération de la croissance des marges bénéficiaires, qui resteront à peu près stables, à un niveau supérieur à la moyenne de long terme, dans les années à venir. La répercussion des salaires sur les prix s’effectuant aussi avec un certain décalage, l’inflation sous-jacente ne passera, somme toute, que graduellement de 1,5 % en 2019 à 1,8 % à la fin de 2022.

Au cours de la période de projection, l’inflation sous-jacente contribuera de plus en plus à l’inflation totale, laquelle sera toutefois aussi influencée par l’évolution de la composante volatile des prix. À cet égard, le net ralentissement des prix en 2019 s’explique principalement par la disparition de la contribution de l’inflation énergétique. À compter de 2020, cette composante n’aurait plus guère de rôle à jouer, compte tenu des anticipations relativement stables à légèrement orientées à la baisse quant à l’évolution des prix du gaz et du pétrole qui font partie des hypothèses communes de l’Eurosystème. En outre, la contribution de la hausse des prix des produits alimentaires demeurera, dans l’ensemble, constante durant la période de projection.

Un effort d’assainissement important est encore nécessaire pour parvenir à un équilibre budgétaire structurel

Le déficit budgétaire se dégradera à nouveau à partir de 2019, en raison essentiellement des moindres enrôlements de l’impôt des sociétés qui constituent le revers des versements anticipés plus élevés enregistrés en 2017 et 2018. En outre, la pression fiscale sur le travail a été réduite à nouveau dans le cadre du tax shift. Ensuite, il est attendu que les charges de pension et les autres dépenses sociales augmenteront sensiblement chaque année. Le déficit de financement des pouvoirs publics s’alourdira dès lors progressivement, jusqu’à atteindre 2,8 % du PIB en 2022, et restera loin d'un équilibre structurel. Le taux d’endettement repassera ainsi au-dessus de 100 % du PIB d’ici à 2022.

Il convient cependant de noter que, conformément aux règles de l’Eurosystème, les estimations budgétaires ne tiennent compte que des mesures qui ont été formellement décidées – ou dont l’approbation est très vraisemblable – et dont les modalités sont connues de manière suffisamment précise.