Communiqué de presse - Working Paper 253

Constatations empiriques au départ de données microéconomiques sur la compétitivité de l'UE: la base de données CompNet

La littérature économique reconnaît depuis longtemps que les données au niveau des entreprises fournissent des informations essentielles pour comprendre les moteurs de la compétitivité, dans la mesure où les performances globales dépendent fortement des décisions prises au niveau de delles-ci et où les chocs pourraient avoir une incidence macroéconomique différente selon la distribution sous-jacente des firmes. Par conséquent, l'un des piliers du réseau de recherche sur la compétitivité (Competitiveness Research Network  CompNet) du Système européen de banques centrales est depuis sa mise en place l'analyse microéconomique ou au niveau des entreprises de la compétitivité sectorielle et nationale. Cependant, la comparaison au niveau des entreprises entre pays est entravée par deux facteurs au moins. Premièrement, les indicateurs existant entre pays basés sur des données au niveau des entreprises ne sont souvent pas comparables, en ce qu'ils renvoient à des périodes ou à des méthodologies différentes, ou utilisent des définitions de variables différentes. Deuxièmement, les données au niveau des entreprises sont en principe confidentielles. Dès lors, l'analyse microéconomique de la compétitivité demeure principalement limitée au niveau national, restreignant ainsi la possibilité d’une analyse étalonnée, c'est-à-dire de rechercher les meilleures pratiques dans les pays comparables et de mieux comprendre le rôle du cadre et des institutions réglementaires par rapport aux évolutions microéconomiques et macroéconomiques.

L'un des moyens de résoudre les problèmes de confidentialité et de comparabilité liés à l'analyse au niveau des entreprises est de produire, à partir des données au niveau des entreprises, des indicateurs personnalisés de la dynamique des entreprises au niveau sectoriel. C’est cette approche dite "distributed micro-data analysis" qu’a suivie le réseau CompNet pour élaborer une nouvelle infrastructure de recherche capable de fournir des indicateurs entre pays basés sur les entreprises. Cette infrastructure de recherche fait intervenir la BCE ainsi que 13 BCN, un institut national de statistique (ISTAT) et l'équipe d'EFIGE et couvre ainsi actuellement 11 pays de l'Union européenne, qui représentent ensemble près de deux tiers du PIB de l'UE: l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, l'Estonie, la France, la Hongrie, l'Italie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie. Grâce à la participation de toutes les parties, un protocole harmonisé consistant en un ensemble d’instructions a été élaboré pour produire des indicateurs au niveau des entreprises sur des variables liées à la compétitivité comme la productivité ou les coûts unitaires de la main d'œuvre. L'on a pris particulièrement soin de s'assurer que ce protocole harmonisait la gestion des données entre pays dans certains domaines essentiels, notamment la classification sectorielle, l'utilisation des déflateurs, le traitement des valeurs extrêmes, ainsi que la définition et le calcul des variables.

Cet exercice a produit une base de données couvrant pour les onze pays 58 industries de la NACE rév. 2 au cours de la période 1995-2011 et qui contient des informations comparables sur les performances en matière de productivité et sur la dynamique des entreprises hétérogènes sous-jacentes. L'avantage de l'infrastructure de recherche du réseau CompNet en ce qui concerne les informations existantes incluses dans les statistiques agrégées est qu'elle permet de conserver une grande partie de la richesse des données au niveau des entreprises sur le plan de la distribution intégrale des variables ou des corrélations communes calculées au niveau des entreprises. Cet éventail d'indicateurs très fécond favorisera l'élaboration de politiques économiques plus fondées.

Cette nouvelle base de données a fourni les résultats préliminaires suivants:

  • les performances des entreprises au sein de secteurs étroitement délimités présentent une hétérogénéité considérable, plus encore qu'entre secteurs;
  • au sein des secteurs, les performances des entreprises ne peuvent être évaluées approximativement par une distribution normale de probabilités. Au contraire, la distribution est fortement déséquilibrée, affichant un grand nombre d'entreprises peu performantes et peu de « championnes ». Cette asymétrie de la distribution des performances des entreprises signifie que l'entreprise « moyenne » n'est pas représentative de la répartition sous-jacente des entreprises;
  • les entreprises situées aux extrémités de la distribution des performances, c'est-à-dire les entreprises les moins performantes et les plus performantes au sein d'un secteur donné, sont très différentes en taille, en dynamique de productivité ou en dynamique des coûts unitaires de la main-d'œuvre. Plus concrètement, l'on constate que les entreprises plus productives sont systématiquement plus grandes que les entreprises peu productives (les entreprises les plus performantes peuvent être jusqu'à dix fois plus grandes que l'entreprise située dans la médiane de la distribution de la productivité dans le même secteur). En outre, les entreprises les plus productives au sein d'un secteur donné présentent une évolution plus dynamique de leur productivité et, surtout, maîtrisent davantage les coûts de la main-d'œuvre;
  • la dispersion des performances entre entreprises d'un même secteur peut accroître la productivité sectorielle parce qu'elle permet la réallocation des intrants de production (ressources) depuis les entreprises peu productives vers les entreprises très productives. Plus la covariance entre la productivité et la taille est élevée, au niveau des entreprises, plus l'allocation des ressources est efficace;
  • la mesure dans laquelle l'allocation efficace des ressources entre les entreprises opérant au sein du même secteur contribue à la productivité agrégée varie fortement selon les pays et les secteurs. L’on observe toutefois que, dans tous les pays, la répartition des ressources, en l'occurrence la main-d'œuvre, est moins bonne dans les secteurs abrités que dans les secteurs exposés.
  • l'importance de prendre en considération la dispersion plutôt que la seule moyenne de la distribution de la productivité se confirme lorsque l'on utilise la série de données dont question dans le présent working paper pour expliquer les performances des exportations par secteurs en Europe. Dans les secteurs où la distribution de la productivité de la main-d'œuvre est plus inégale (queue de distribution plus épaisse et plus longue à droite), il semble plus probable d'observer un volume d'exportations plus élevé, ce qui confirmerait que la performance des percentiles supérieurs est le moteur des résultats commerciaux agrégés, quel que soit le niveau de productivité moyen.

De manière générale, le présent working paper se veut une documentation solide sur CompNet, la nouvelle base de données d'indicateurs au niveau des entreprises. Il révèle également certaines régularités intéressantes entre les pays, ainsi que des évolutions propres à chaque pays, ouvrant ainsi la voie à de futurs travaux de recherche et de recommandation sur les politiques à mener.